Jeudi 13 août 2009
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/Août
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06:33
Premières impressions
Il est près d’une heure du matin - heure locale - après être tombée sur un taxi fort sympathique à l’aéroport, je suis finalement arrivée aux résidences féminines du Tec de Monterrey. Le garde de
nuit, Juan Carlos, m’a accueillie à bras ouverts - c’est le cas de le dire - et m’a aidée à m’installer. J’ai donc pris possession de mes nouveaux appartements, qui le seront, au moins, pour
quelques temps. Bonne nouvelle, il est loin le temps des sols en lino et des murs en crépi de Cergy le Haut. Ici c’est douche en marbre, dressing de princesse et terrasse. Une seule ombre au
tableau, ma chambre donne sur l’avenue - qui me fait plus penser à un boulevard périphérique, mais passons - très bruyante; et il semblerait que «double-vitrage» ne fasse pas encore partie de
leur vocabulaire. Les oreilles sensibles n’ont qu’à bien se tenir, je m’endors comme un loir.
Réveil en pleine nuit par une pluie battante, ayant du mal à me rendormir je décide de faire un tour dans l’appartement. Bonne surprise, il n’y a plus d'électricité, et, en m’approchant de la
baie vitrée du salon, je me surprends à patauger dans une petite flaque d’eau...Mon palace se serait-il déjà transformé en cabane de pécheur? Je finis par me rendormir, demain il fera jour.
Réveil samedi matin vers 10h, toujours pas de lumière, et impossible d’avoir de l’eau chaude. Qu’à cela ne tienne, j’ai déjà vécu pire, et puis, la douche froide tonifie et remet les idées en
place. Mon ventre commence à gargouiller, il est temps de se réconforter avec un bon petit-déjeuner.
A l’entrée de la résidence, je croise Guillermo, le garde de jour, qui est tout aussi heureux de faire ma connaissance. Tout est en oeuvre pour faire revenir l'électricité, c’est une situation
exceptionnelle, dans la ville des arbres sont tombés et certaines rues sont inondées. Pas de panique. Guillermo a un peu étudié le français et me fait l’éloge de la langue de Molière. Guillermo
est donc cordialement invité à pratiquer le français avec moi, quand bon lui semble, il m’indique ensuite un starbucks où je pourrais enfin avaler un café.
Cinq minutes de marche sur gadoue et caillasse, en longeant «l’avenue», parsemée d’étangs en gestation, le paysage alterne entre terrain vague et nouvelles constructions abritant de mini centres
commerciaux en plein-air. Je croise un stand, soit une moto légèrement tunée, qui vend des tacos à 5 ou 6 mexicains qui me regardent passer amusés, surpris voire même interrogateurs. Je pousse la
porte du starbucks, enfin un territoire connu, mais ne jamais crier victoire trop vite, car comme tout le quartier, même la vitrine de la rassurante bâche verte est plongée dans l’obscurité.
Oublions le café chaud et réjouissons nous d’un frappucino - et, non merci, pas de glaçons dans le verre - et d’un bon vieux muffin blueberry. Pas vraiment mexicain tout ça...ah c’était sans
compter sur les serveurs, surtout un jeune aux cheveux décolorés qui m’annonce solennellement que, Roxane, pendant le mois d'Août je travaillerai au Starbuck sur le campus du Tec. Genial
Geronimo, on se voit là-bas!
De retour à la maison - et oui, pour s’y sentir comme chez soi il suffit d’employer les bons termes - toujours pas de nouvelles de l’edf local, ni de mes futures collocataires. Et bien sur, je ne
connais pas ma «contrasena» pour me connecter à internet. Peu importe, de toutes façons en France il est déjà l’heure de dîner, personne ne lira ses mails avant demain. Mais pour moi, il est
l’heure d’aller faire des courses.
Guillermo est toujours autant ravi de pouvoir m’aider. Le supermarché est à 10 minutes de marche mais il vaut mieux prendre le bus, parce que, comme vous l’aurez compris, les trottoirs c’est un
peu comme le double-vitrage, il faut le dire vite. Et puis, le chemin consiste à longer un cimetière. Bon très bien nous prendrons donc le bus pour un arrêt et 5 pesos, soit 26 centimes d’euros,
que quelqu’un pense à prévenir la RATP que la concurrence casse les prix! Guillermo me dit que si j’attends là ou il y a marqué «TOPE» sur la route et que je lève la main je serai dans le
prochain bus 631. Et attention, au retour, il ne faut pas que je monte dans le 629. Pourquoi ferai-je donc cela? Mais parce que le 631 n’a pas d’arrêt officiel, et lassée d’attendre un bus qui ne
s’arrête jamais je pourrais être tentée de laisser sa chance à un autre numéro...Guillermo, rassuré sur mes intentions, retourne à son poste.
Pas le temps de rêvasser, je me place à coté du signe «TOPE», je lève la main, et me voilà dans le 631, c’est décidé je suivrai tous les conseils de Guillermo à la lettre! Ah oui, je parle du
bus, mais ici on dit camion et c’est plus l’idée qu’il faut s’en faire. Haut sur roues, mais attention, sur 4 roues uniquement, et quels enjoliveurs....Quant à l’itinéraire, pas d’inquiétudes le
chauffeur, lui, contrairement aux passagers, le connaît par coeur. Cinq minutes plus tard me voilà larguée à un carrefour digne d’un croisement d’autoroutes, la poussière et un certain «ni foi ni
loi» en plus.
Quelques secondes d’adaptation et d’observation, première traversée, nette accélération de mes pulsations, c’est fait. Munie d’un caddie je rentre enfin dans le supermarché. Premier arrêt,
fournitures scolaires, j’abandonne mon caddie car un paquet de feuille pourrait être utlile...Grave erreur, c’est lui qui m’a abandonné, je le saurai, ici même les choses sans valeur et en
abondance sont convoitées, retenons cet avertissement. On reprend les même et on recommence. Deuxième entrée dans le supermarché et c’est parti pour un ballet de deux heures. 613 pesos plus tard,
5 sacs à la main sans oublier deux oreillers, 'bonjour madame, le 631 passe bien ici?' 'Le 131 non'. 'Et le SIXCENT31?' 'Ah oui oui'. 'Merci'. Le 629 arrive, attention le fruit défendu approche!
Tous les gens à l’arrêt font la queue. C’est vrai que c’est tentant. Me voilà seule. Je finis par apercevoir un 631 à l’horizon. Je m’approche du bord de la route et je lève la main. Rien. Il ne
daigne même pas s’approcher. Bon c’est vrai qu’il n’y a pas marqué «TOPE» sur la route, mais enfin, il y a un véritable abribus avec des bancs et une tonelle. Décidément, le 631 est un rustique
qui se mérite. Je le vois tourner dans l’avenue des résidences et s'arrêter juste après l’angle. Effectivement ça n’a rien d’un arrêt officiel, je dirai même plus que ça m’a tout l’air d’un arrêt
de contrebande! Et ça ne m’arrange pas du tout parce qu’il va falloir, pour essayer d’avoir le prochain, que je traverse, non pas une mais deux fois le carrefour.
Les nuages ont disparu et il fait une chaleur étouffante. Bon, au mieux, mes deux oreillers serviront d’airbag, je traverse la moitié de la première route quand soudain les voitures d’en face
vrombissent. Marche arrière toute. Quelques minutes de récupération. C’est reparti. A cet instant, je maudis le 631. J’arrive entière près de ce qui paraît être l’arrêt fantôme, mes oreillers
toujours intacts. J’aperçois le bus qui tourne, je lève la main. Je tends 5 pesos et dis au chauffeur que je descends au prochain arrêt. je traverse l’avenue et essaie d’ouvrir la grille avec ma
carte. Sans électricité je pouvais essayer longtemps. Merci Guillermo.
La clé tourne dans la serrure, enfin une mexicaine dans mon appartement! Il s’agit de la prefecta, et non pas perfecta n’est ce pas Roxane. Maritza, etudiante en design, est également responsable
du bon déroulement de la vie en communauté de l’appartement 3. Pour l’instant notre communauté est réduite à deux personnes donc nous devrions pouvoir gérer la situation.
Après avoir installé mes affaires, et qu’elle ait commencé à défaire tous ses cartons restés ici pendant l’été, nous entamons la discussion et décidons d’aller dîner ensemble chez Las Papas un
petit resto pas trop loin dont la spécialité est une grosse pomme de terre cuite à l’eau accompagnée de sauce, de viande, de fromage...Premier dîner mexicain fort agréable et en bonne compagnie.
Je me couche épuisée.
Je n’avais pas mis de réveil et pourtant, je fus réveillée à 8 heures. Il faut dire que pour mon horloge interne il est déjà 15 heures. Je trouve Maritza endormie sur le canapé, encore à moitié
vétue et la main bien accrochée à la télécomande du téléviseur. J’avale un petit déjeuner et me prépare à explorer la ville. Guillermo m’appelle un tacos, pardon, un taxi, il est vrai qu'ici un
abus de langage peut vite être fatal!! Il faut dire que le campus est situé à Zapopan, banlieue plutôt chic, nous sommes en effet entourés de plusieurs énormes propriétés à l’américaine à une
dizaine de kilomètres nord ouest de Guadalajara soit plus d'une heure de camion (le bus si vous avez retenu) et une bonne demi heure de taxi. Guadalajara, here I come.